La Tour de Garde
J’ai enfin terminé cette grande saga qu’est la Tour de Garde (six tomes, ce n’est pas rien !), écrite par deux auteurs : Claire Duvivier et Guillaume Chamanadjian. Ai-je encore besoin de vous présenter cette histoire, qui oppose deux cités aux cultures diamétralement opposées, à savoir Dehaven au Nord et Gemina au Sud ?
Oui ? Bon. Pour la faire court, nous avons donc deux cités que tout oppose et qui se retrouvent soudainement en proie à des conflits internes en apparence insolubles. Dans ce context mouvementé, on suit les aventures d’une brochette de jeunes personnages qui tentent à leur niveau de rétablir un semblant d’ordre dans leur quotidien, de sauver leurs familles et leurs amis, avec plus ou moins de succès. Malheureusement pour eux, les troubles qui mettent à mal leur existence jusque là paisible font partie intégrante d’une lutte ancestrale dont les enjeux les dépassent complètement. Ils n’ont d’autres choix que de fuir leur foyer et venir se réfugier sur un terrain neutre, presque oublié, qu’est la Tour de Garde. Là, ensemble, ils tenteront d’établir une nouvelle communauté, idéaliste diront certains, afin de contrer et de dépasser les forces obscures encore à l’oeuvre.
Il est ainsi question, dans cette saga, de magie inquiétante, de monde sous-terrain et d’ordre occulte, de complots politiques, de trahison et de révolution, mais également d’amitié, de loyauté et de solidarité. Un bon coktail, donc, d’éléments propres à faire de la Tour de Garde une excellente épopée de fantasy.
La Tour de Garde est effectivement une très bonne histoire. L’univers est remarquable, très bien construit, très bien pensé. Le sont tout autant les différents personnages qui composent ce long récit romanesque. Je les ai trouvés entiers, à la fois ordinaires et extraordinaires, truffés d’autant de qualités que de défauts. Aucun n’est caricatural. Aucun n’est laissé de côté. Chacun arrive avec sa propre histoire et infléchit par ses actions le cours des évènements.
Parfait alors ? me direz-vous. Oui et non. Comme déjà mentionné plus haut, il s’agit d’une longue saga. Et c’est peut-être là une de ses principales faiblesses. Car qui dit six tomes, dit pas mal de pages à remplir, pas mal de mots à écrire, au détriment parfois de la narration. Avec autant d’espaces, la tendance est grande de s’étaler, d’ouvrir plein de portes, au risque de ne pouvoir les fermer. Et c’est ce qui se passe. Avec pour conséquence, un fil narratif qui accélère lors des derniers tomes, mettant de côté, soudainement faute de temps, des éléments qu’il aurait pourtant été intéressant d’inclure. Ils auraient ajouté une note différente au récit, donnant davantage de subtilité et de profondeur dans les relations. En l’état, tout finit par s’enchaîner trop vite. Le lecteur se retrouve face à des faits accomplis, sans vraiment les comprendre. On en ressort à un peu déstabilisé, avec une sensation d’incomplétude sur la langue. On aurait voulu bien plus et bien moins tout à la fois.
J’ai donc été légèrement frustrée en lisant cette saga. Elle a clairement beaucoup de potentiel. Mais un potentiel qui, à mes yeux, n’a pas été exploité au maximum. En refermant le livre, il m’est resté à l’esprit trop de zones d’ombres, trop d’interrogations. J’ai eu un goût de trop peu comme un goût de trop, ce qui est fort étrange. Cependant, je ne regrette pas du tout de m’être plongée dans cette grande aventure qui, malgré ses faiblesses et ses temps parfois trop longs, vaut tout de même qu’on s’y attarde. On y apprend des choses. On en resort un peu changé. Et c’est cela qui importe au final. En prime, l’écriture est magnifique et rend la lecture fort agréable.
Et vous, qu’en avez-vous pensé ?